opera___carmen___conductor_by_soupface

En cherchant un chef de chant pour l'an prochain, je suis tombée par hasard sur cet article qui m'a vraiment bien fait rire !
Bon, c'est assez sarcastique donc âmes sensibles s'abstenir lol ! :-P

Cet article est extrait du site The Osun Time sur lequel vous pourrez trouver d'autres articles du genre, enjoy !


5 : 5 CHEF DE CHANT

De l'arménien "Shjêf" : Minable ; et du turc "Ch'fn", Toi-même.


Sorte de pianiste raté censé améliorer l'ordinaire du chanteur, qu'il exècre de façon exactement proportionnelle à son fantasme refoulé d'être admiré comme soliste international.
Il y a lieu, avant tout, de dissiper une confusion fréquente concernant les termes de chef de chœur, chef de chant et pianiste répétiteur, que le grand public a parfois tendance à mélanger. En résumé, disons que là où le chef de chœur ânonne, le pianiste répétiteur répète, tandis que le chef de chant rabâche. Il n'en faudra guère plus au profane pour lui permettre de se reconnaître dans cet obscur milieu, parfois baptisé du nom de jungle chez les plus primitifs de nos critiques, qui connaissent fort bien l'âpreté du métier.
Car le métier est rude. Après une étape obligatoire et tellement banale qu'on ose à peine la qualifier par son vrai nom de Premier Prix du Conservatoire Nationale Supérieur de Musique de Paris (Bac+3), puis une étape secondaire du type Premier Prix de Direction de Chant du C.N.S.M.D.P. (Bac+6) et d'autres cursus accessoires, tels le Premier Prix d'Accompagnement du C.N.S.M.D.P. (Bac+9) ou le Premier Prix de Musique de Chambre du C.N.S.M.D.P. (Bac+12), ainsi que quelques stages à l'Ecole de l'Opéra (Bac+15), l'Opéra de Vienne (Bac+18) ou le Festspielhaus de Bayreuth (Bac+21), le postulant peut enfin espérer une vague place de vacataire à l'Opéra d'Angers (Bac+24), puis de titulaire à l'Opéra du Rhin (Bac+27), avant de prétendre à un véritable poste de chef de chant à l'Opéra de Lyon (Bac+40*), puis à l'Opéra de Paris (Bac+50**).

Arrivé à ce point, le chef de chant peut être un exécrable pianiste ; il reste toujours un excellent concierge. Après quarante années d'expérience, il est le seul à même de démêler les obscures raisons pour lesquelles l'ouvreuse de la troisième loge a pâli à l'annonce du mariage de Jessica Esposito avec Pierral, le seul à savoir pourquoi la crème fraîche raisonnablement utilisés ne peuvent, d'après Luciano Esposito, provoquer le cholestérol, le seul encore à savoir pourquoi, malgré une laryngite chronique séculaire, l'ex-colorature Mado Esposito persiste encore à vouloir faire de l'ombre à de jeunes chanteuses pourtant fort douées.

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Cela ne fait pas du chef de chant un être heureux. Pour un salaire digne, au mieux, d'un petit cadre bancaire, il doit jour après jour supporter l'humiliation d'inculquer d'obscurs rudiments de solfège à d'incultes bêlant(e)s dont les émoluments mensuels représentent, au bas mot, son traitement annuel et, pour les mieux lotis, une centaine de fois ce qu'il pourrait espérer gagner en travaillant 712 ans dans l'Opéra le plus prestigieux de la planète.
Il n'y a rien de tel que l'argent, à notre époque, pour situer quelqu'un sur une échelle de valeurs et, accessoirement, le démoraliser à vie. De ce bas point de vue, le chef de chant ne peut être que l'éternel perdant. Financièrement, humainement, moralement. C'est le landau du Potemkine, le Poulidor de l'Opéra, le vieux Garnier contre la neuve Bastille.

Muette, sa victoire à lui l'est assurément. Pour peu que l'Opéra s'enflamme, la presse s'enthousiasme, le public se déchaîne. Il ne cherche plus son nom dans la presse ; son orgueil l'a fait renoncer à cette déplorable habitude. Il se contente de savoir. Il sait. Personne d'autre ne le sait, mais LUI le sait. C'est son unique fierté ; grâce à lui, cette faune hétéroclite de ténors hésitants, de soprani vieillis, de barytons enroués, de basses poussives, a réussi à emporter l'adhésion, a réussi à passer outre, a réussi à franchir le millimètre qui sépare le convenu du talentueux, et peut-être le talentueux du génial.
Cet unique titre de gloire ne suffit guère au chef de chant pour, comme l'on dit, bien vieillir. Passé la cinquantaine, il devient souvent partial, ne retenant que les opéras dont le sujet l'affecte particulièrement. Il prise par-dessus tout "L'Arlésienne", du regretté Bizet. Ce personnage, qu'on ne voit jamais, et dont l'influence et la puissance semblent illimitées, paraît exercer sur lui une fascination sans borne.

* L'exceptionnelle durée de cette transition s'explique par les longues magouilles nécessaires à l'admission dans un grand établissement contrôlé par l'Etat.
** Voir note *.

Extraits de "Le ténor provoque des maladies graves", Vincent Lajoinie, éd. Van de Velde, 1993


Edit : Je croyais que le livre "Le ténor provoque des maladies graves" était un canular, en fait il existe vraiment lol 
et relate des frasque d'opéra très croustillantes ... ;-) !
Il y a même aussi "Le basson n'est pas contagieux", j'ai réalisé cela grâce au commentaire de l'auteur sur cet article ; 
Sinon , pour reprendre ce qu'a dit Yoyo, mon chéri : "Si le ténor provoque des maladies graves, qu'est ce que ça doit être pour les sopranes !" lol